Le Grappilleur n°103
Publié le 01.12.2015

« QUE BÈN BÉURA… DIÉU VEIRA !» (René D’Anjou)

« Que bèn béura… Diéu veira ! »

Ce dicton provençal que l’on peut traduire par « Qui boit bien… verra Dieu » est attribué à René d’Anjou, que ces sujets avaient surnommé le « Bon Roi René ». Il est né à Angers en 1409, a vécu principalement dans les régions d’Anjou, de Lorraine et de Provence, en portant une attention particulière aux vignobles. Ce Roi que l’on disait d’une extrême frugalité, et d’une grande sobriété se servait cependant, pour boire du vin, d’un verre peu commun de par sa dimension et de sa forme. Au fond de celui-ci était peint une image pieuse, ainsi que cette énigme : « Qui bien beurra, Dieu verra, Qui beurra de toute son halène, Verra Dieu et la Madelaine ».

Il y a aussi une version un peu plus mystérieuse : René d’Anjou, aurait fait partie du très restreint, « Cercle Intérieur des Templiers », et aurait été instruit par des descendants de la lignée de Jésus et Marie-Madeleine. Lorsque les Templiers revinrent en France, avec leur trésor et de nombreux documents liés à Jésus, ils distribuèrent des objets à des gardiens. René d’Anjou étant de ceux-ci aurait en outre reçu une coupe de cristal rouge avec l’inscription citée plus haut, qui serait en fait le calice de mariage de Jésus et de Marie Madeleine… Là on est en plein Da Vinci Code !

A l’époque, les rébus et les énigmes étaient très prisés et ce dicton a traversé les siècles pour être repris en provençal. Il était utilisé par le passé un peu comme un toast avant de boire du vin. L’explication qui en fut donnée était que les vins servis étant très opaques, pour voir le fond du verre il fallait boire d’une seule traite.

Donc pas de relation entre une consommation de bon vin et des visions ou des apparitions divines. Personnellement, même après une consommation peu modérée je n’ai jamais vu Dieu mais, souvent, « j’étais aux anges » !

Mais peut être avez-vous déjà vu ce dicton ? En effet il est visible sur certaines bouteilles du Domaine des Bernardins à Beaumes de Venise.

Dégustation d’automne

La transition est toute trouvée, pour vous parler de notre dégustation d’automne, avec en autre les vignerons de Beaumes de Venise.

En ce qui me concerne, les vins qui m’ont marqué de par leur originalité, leur qualité, ou tout simplement le plaisir qu’ils m’ont procuré sont les suivants : « Douce folie » de la Cave Balma Venitia, un pétillant original pour la région, à base de Muscat blanc et de Muscat noir, un vin festif et fruité. « Muscat Doré » du Domaine des Bernardins, dans un style puissant et corsé, avec une très grande complexité aromatique. « Muscat de Beaumes-de-Venise » du Domaine de la Pigeade, un vin tout en finesse et légèreté, un parfait équilibre entre la douceur et la fraîcheur.

Quant à vous, si je me base sur les quantités de vins commandés, vos préférences sont allées pour les vins suivants : « Beaumes-de-Venise rouge » du Domaine des Bernardins, puis « Cuvée prestige rouge » du Domaine de Durban, et enfin « Dom Venitia Confidence rouge » de la cave Balma Venitia. De toute évidence vous avez été plus séduits par les vins rouges que par les doux muscats !

En dehors de nos invités, j’ai aussi craqué sur quelques bouteilles… alors il y a toujours des vins de domaine que j’adore : Ferraud et ses deux Châteauneuf du Pape, Escaravailles et ses Rasteau, Habrard et son Hermitage blanc. Mais il y a eu aussi quelques belles découvertes, en Ventoux la « Cuvée Persia » du Domaine de Fondrèche, le Cairanne « Authentique » du Domaine Delubac, ou encore en Rasteau la « Cuvée Anaïs » du Domaine des Banquettes.

Pour vos commandes, les « Best Sellers » ont été : « Lirac rouge » du Domaine Amido, puis du « CrozesHermitage rouge » du Domaine Habrard, suivie par « Therapius rouge » de la cave Vinsobraise, et Rasteau « Vieilles vignes rouge» du Domaine Grand Nicolet… là encore des choix très colorés en rouge !

Adjugé….Vendu !

Vous voulez vous faire plaisir, ou offrir une bouteille « collector » d’un grand vin rhodanien, alors vous avez la possibilité de vous rendre dans une vente aux enchères pour acquérir le prestigieux flacon. Par contre prenez avec vous une belle liasse de billets ou faites chauffer la carte de crédit… car les prix s’envolent ! Les appellations les plus prisées par les commissaires-priseurs sont Châteauneuf-du-Pape, CôteRôtie et Hermitage.

Voici quelques exemples des prix de vente pratiqués en ce moment… heureux les propriétaires qui possèdent ces bouteilles dans leur cave !

  • Jean-Louis Chave, Hermitage, 1996, à 125€
  • Jaboulet Ainé, Hermitage La Chapelle, 1989, à 130€
  • Jaboulet Aîné, Hermitage La Chapelle, 1983, à 145€
  • Guigal, Côte-Rôtie, La Mouline, 1996, à 200€
  • Henri Bonneau, Réserve des Célestins, Châteauneuf-duPape, 2010, à 239€
  • Jaboulet Ainé, Côte-Rôtie, Les Jumelles, 1952, à 250€
  • Guigal, Côte-Rôtie, La Landonne. 1995, à 255€
  • Henri Bonneau, Réserve des Célestins, Châteauneuf-duPape, 1970, à 300€
  • Château de Beaucastel, Hommage Jacques Perrin, Châteauneuf-du-Pape, 2012, à 329€
  • Guigal, Côte-Rôtie, La Turque, 1988, à 360€
  • Guigal, Côte-Rôtie, La Landonne, 1988, à 360€
  • Guigal, Côte-Rôtie, La Mouline, 1988, à 380€
  • Château Rayas Reynaud, Châteauneuf-du-Pape, 1995, à 400€
  • Jean-Louis Chave, Hermitage, 1990, à 420€
  • Guigal , Côte-Rôtie, La Turque, 1985, à 516€
  • Chapoutier, Hermitage la Sizeranne (Mathusalem) 1995, à 650€
  • Guigal, Côte-Rôtie, La Landonne, 1978, à 714€
  • Château Rayas rouge, Châteauneuf-du-Pape, 1990, à 1050€
  • Paul Jaboulet Ainé, Hermitage La Chapelle 1959, à 2420€
  • Château Rayas blanc, Châteauneuf-du-Pape, 1947, à 6050€

Défaut du vin : Acescence

Je vais vous parler dans les prochaines éditions du Grappilleur des défauts ou des anomalies, les plus souvent rencontrés dans le vin, histoire de les identifier et peut-être de pouvoir les supprimer… vu les prix pratiqués sur les vieux vins autant s’assurer que ceux-ci ne sont pas contaminés par quelques problèmes de vinification ou d’élevage.

Aujourd’hui je vais vous présenter, l’acescence. C’est une maladie du vin mais aussi d’autres boissons alcooliques quand celles-ci prennent le chemin du vinaigre. On parle également de vin piqué, de piqûre acétique ou d’acidité volatile. Ce phénomène apparaît lorsque des bactéries acétiques, qui peuvent être présentes sur les fruits, dans les récipients ou dans l’air, dégradent l’alcool (éthanol) contenu dans un vin en d’acétate d’éthyle.

Lors du procédé normal de la fermentation du vin, c’est la transformation des sucres contenus dans le jus de raisin en éthanol, mais c’est normal qu’une partie de cet alcool se transforme aussi en acide acétique ; en faible quantité il apporte même de la fraicheur au vin. Par contre, une teneur anormalement élevée de cet acide acétique que l’on détecte au plan aromatique (odeur et goût de vinaigre) rend le vin impropre à sa commercialisation ainsi qu’à sa consommation. On peut préserver le vin de l’acescence par plusieurs moyens. D’abord en le mettant à l’abri de l’air (en effet ces bactéries se développent au contact de l’oxygène, un vin qui s’oxyde aura tendance à avoir plus d’acide acétique), ensuite en respectant une hygiène parfaite tout au long du cycle de la vinification et de l’élevage, et enfin par un sulfitage modéré.

Si l’on ne fait rien, ou parfois si on le souhaite, le vin se transformera en vinaigre. On estime que l’homme faisait des boissons fermentées (à base de fruits, de miel ou de riz) déjà 8000 ans avant J-C, et de tout temps ces boissons ont été transformées en vinaigre de façon plus ou moins maîtrisée.

Le premier procédé de fabrication de vinaigre maîtrisé par l’homme était à base de vin ou de cidre stockés dans des fûts de chêne aux trois-quarts pleins. Les bactéries acétiques présentes se développaient au contact de l’air et de l’alcool pour former un film gélatineux sur le dessus du liquide, que l’on appelle « la mère de vinaigre ». Lorsque tout l’éthanol avait été transformé en acide, on soutirait une partie de ce vinaigre que l’on remplaçait par du vin ou du cidre, en prenant bien soin de conserver ce voile en surface pour que le procédé continue à fonctionner.

J’espère maintenant que vous n’aurez pas à détecter cette acescence dans les prochains vins que vous dégusterez, sinon vous boirez de la piquette !

Lecture d’un commandeur

Un ami m’a récemment fait cadeau d’une bande dessinée: l’histoire vraie d’un auteur de bandes dessinées (Etienne Davodeau) proposant à un ami vigneron des Coteauxdu-Layon (Loire) de venir travailler une année gratuitement chez lui réaliser une “initiation croisée” de leurs métiers respectifs. Cet ami vigneron (Richard Leroy) accepte. Ce livre est une ode à la passion et à l’amour du travail bien fait, un vent de fraîcheur dans un monde dirigé par la rentabilité, les procédures et les écrans. Vous y apprendrez un tas d’informations sur le travail de la vigne et de la BD. Le domaine Richard Leroy étant en biodynamie, vous aurez droit aux discussions philosophiques sur la pertinence et les difficultés de cette approche.

A la fin de la lecture vous n’aurez qu’une envie : aller rencontrer ce vigneron qui rappelle tellement ceux que nous avons visités dans nos périples en Côtes du Rhône. Si vous cherchez encore un cadeau à mettre sous le sapin d’un de vos amis chevalier, vous venez de le trouver !

(Pierre Kuonen)
« LES IGNORANTS, récit d’une initiation croisée » Étienne Davodeau, Futuropolis, 2014. 

Votre rédacteur
François Sannié francois.sannie@gmail.com
www.baronnie-suisse.ch

Laisser un commentaire