Le Grappilleur n°84
Publié le 01.09.2011

Echos de la Baronnie

Les températures rafraîchissent, les jours raccourcissent, les feuillent tombent… mais les verres se lèveront lors des prochaines dégustations d’automne de la Baronnie. En effet, nous aurons assurément l’occasion de nous régaler lors de la dégustation du chapitre d’octobre « Ambiance Rhône Terroirs » avec la visite de plusieurs vignerons de provenances diverses de la vallée du Rhône, puis avec la dégustation des vins du Château Signac de l’appellation Chusclan, en novembre. De belles découvertes en perspective, des instants privilégiés à partager en compagnie des vignerons rhodaniens.

Vignes, schiste et gaz

Les terroirs schisteux sont forts appréciés, par différents cépages un peu partout en Europe. Les vignobles prestigieux du Priorat, en Espagne, du Douro, au Portugal, de la Moselle, en Allemagne en sont les dignes représentants. Nous trouverons des vignobles de schiste en Alsace , bénéfique au Riesling et au Pinot gris, à Faugère en Languedoc Roussillon, tout comme à Maury et Banyuls où ce seront le Grenache et le Carignan qui se plaisent et, bien sûr, en Côtes du Rhône septentrionales, la syrah en Côte Rôtie.

Mais qu’est ce que le schiste ?… C’est une roche feuilletée par la compression de l’argile au cœur de l’écorce terrestre, où la cuisson de magma a apporté ses sels minéraux riches en fer, sodium et magnésium. Cette roche marron ou verte, parfois rouge, à l´aspect feuilleté, souffre d´un manque chronique de calcaire. Les terroirs schisteux sont intéressants pour les vins car la roche est compacte, relativement filtrante ; les racines sont obligées de puiser leurs besoins très profondément dans le sous-sol.

Par contre il y a quelques semaines je regardais la télévision et j’ai été très surpris de voir en France des manifestations menées contre l’exploitation du gaz de schiste. Certains de ces rassemblements paraîssaient un peu loufoques, personnages hauts en couleur, progéniture, croisement d’écologistes surréalistes et de baba cool soixante huitards,  venus en Ardèche retrouver une vie proche de la nature, couper de l’herbe, fumer du jambon… et parfois l’inverse !…

Bref je regardais ces personnes habillées en pullover de laine vierge tricotée à la main défiler dans les rues à vélo, avec leurs pancartes qui dénonçaient les forages d’exploration de gaz de schiste. Au fond de moi, je me disais qu’il ne fallait pas exagérer : faire un trou à 3000 mètres, ça ne va quand même pas toucher les racines des vignes qui ne sont enfouies qu’à quelques mètres. Si l’on trouve du gaz, cela apportera surtout des retombées économiques à la région et, pour la nation, c’est peut être l’indépendance énergétique à moyen terme.

Effectivement, le gaz de schiste est devenu en quelques mois une « vedette ». Tout le monde en parle, il passe dans  les médias, les projecteurs sont braqués sur lui, espèce de super-héros de l’énergie bien de chez nous, qui pourra nous libérer du carcan des principaux producteurs de pétrole et de gaz  naturel situés à l’est ou au Moyen-Orient. Seulement voilà… la rançon du succès, c’est qu’une fois cette source connue, en voie d’exploitation, les langues se délient et les projecteurs éclairent d’autres zones restées dans l’ombre. En effet ce super-héros n’est pas si beau ni si propre que ça ! Pour aller le chercher, on utilise actuellement un procédé appelé « fracturation hydraulique ». Et c’est là que ça coince, si j’ose dire, car il faut forer, injecter de l’eau, des produits chimiques et minéraux, pour libérer cette énergie. Là intervient l’interaction avec les travailleurs du terroir, la population locale et l’environnement.

Tout d’abord il faut des quantités d’eau incroyables : en moyenne 15 millions de litres d’eau par puits. A titre d’information, dans une région où il y aurait 5’000 puits, cela correspondrait à la consommation annuelle d’une population de 2 millions de personnes !…et ces volumes pourraient modifier l’équilibre hydrique de la dite région.

Il faut savoir aussi que dans cette eau est injectée pour chaque puits une centaine de tonnes de produits minéraux et chimiques. Actuellement, seul un quart de cette eau est remonté en surface pour y être traité. Il est facile d’imaginer les risques de pollution des nappes phréatiques et des sols, malgré les puits bétonnés ou plastifiés. De plus en plus d’exploitations vinicoles se lancent dans l’oenotourisme. C’est un marché très porteur et apprécié par les vacanciers. Comment réagir lorsqu’il y aura des puits de forage à proximité, le bruit des génératrices, les rotations des camions pour charrier l’eau et le gaz, sans compter avec les fuites possibles de différents gaz toxiques, inflammables, pouvant remonter  en surface sans compter avec les risques liés à ces exploitations. Ce risque potentiel de pollution visuelle, sonore et environnementale  (eau, air et sol)  peut mettre en danger une région et péjorer son image de marque, surtout pour un produit comme le vin, fortement lié au terroir.

Et là, tout à coup, les « guignols » que je voyais manifester sur leurs vélos ne me semblent plus du tout ridicules. Ce ne sont pas des écologistes intégristes qui revendiquent, mais des agriculteurs, des vignerons attachés à leur terroir et désirant le préserver. Et, ces vignerons, peut être les connaissons-nous ! Nous les avons côtoyés lors d’une soirée dégustation, nous achetons de leurs vins… car la bande rhodanienne concernée par ce projet d’exploration est grande ! Elle part du sud de Valence pour arriver à Nîmes, traversant les départements de la Drôme, du Vaucluse et du Gard.

Certes le combat paraît assez inégal entre une poignée d’irréductibles Gaulois et d’énormes compagnies pétrolières françaises et américaines. L’Etat jouant un rôle d’arbitre a décidé de suspendre, pour l’instant, la recherche par fracturation hydraulique. Mais ne soyons pas dupes ! Si le sous sol regorge de gaz, ils trouveront une autre parade pour essayer d’aller le chercher. Alors, messieurs les gardiens du terroir, restez vigilants et ne donnez pas sans garanties les clefs de votre sous -sol aux marchands du temple. 

Guide  des millésimes RVF

Dans le dernier Grappilleur, je vous avais présenté les notes de « La Revue des Vins de France » concernant les vins de la vallée du Rhône Septentrionale,. Je vous propose maintenant la suite avec les vins de la vallée du Rhône Méridionale. Encore merci à  la revue « RVF » pour l’autorisation de publication de ces notes concernant les vins de la vallée du Rhône.

Vallée du Rhône Méridionale

2009 –16/20 (R) & 15/20 (B) – Garde : Moyenne.

(+) Réussites en Vinsobres, Rasteau, Vacqueyras, Côtes du Lubéron, Chât.-du-Pape. (-) Un peu hétérogène

2008 –14/20 (R) & 16/20 (B)  – Garde : Moyenne.

(+) Rouges fruités, concentrés. Réussites en Gigondas, Vinsobres, Rasteau et Costières de Nimes.

(-) De la verdeur dans les vins récoltés trop tôt.

2007 –17/20 – Garde : Moyenne à grande.

(+) Châteauneuf-du-Pape, Vacqueyras, Rasteau en tête, avec des vins rouges savoureux, des tanins raffinés.

(-) Acidités parfois basses.

2006 –16/20 – Garde : Moyenne à grande.  (+) Les syrahs l’emportent. Beaux vins à Châteauneuf et à Gigondas, dans un style sur la finesse. (-) Vins parfois légers.

2005 –18/20 – Garde : Très grande. (+) Des vins concentrés et tanniques, de longue garde. Grands Châteauneufs et Gigondas. (-) Quelques tanins secs.

2004 –16/20 – Garde : Moyenne à grande.  (+) Excellents Châteauneufs et Gigondas. (-) Quelques raisins ramassés trop tôt, des vins marqués par le stress hydrique.

2003 –16/20 – Garde : Moyenne.  (+) La grande concentration des meilleurs Châteauneufs. (-) Des rouges alcoolisés aux tanins raides.

2002 –11/20 – Garde : Apogée dépassé.  (+) Les vins blancs s’en sortent à peu près. (-) Large dilution.

2001 –18/20 – Garde : Moyenne à grande.  (+) Quelques très beaux Châteauneuf-du-pape. (-) Grande hétérogénéité, maturation phénolique limitée.

2000 –19/20 – Garde : Moyenne à grande. (+) Des rouges charnus, puissants et généreux. (-) Des acidités basses accélèrent l’évolution des vins.

1999 –15/20  – Garde : Moyenne.  (+) Les grenaches sont bien réussis. (-) Avec les pluies, le climat capricieux a compliqué les vendanges.

1998 –19/20  – Garde : Moyenne.  (+) Millésime d’anthologie. (-) Kidnappés par une forte demande, les vins deviennent rares et chers.

1997 –14/20  – Garde : A boire.  (+) Des vins souples et gourmands. (-) L’évolution est rapide.

1996 –13/20 – Garde : Moyenne.  (+) Jolis vins fruités, prêts à boire. (-) Certaines cuvées ont souffert à cause de la pluie.

1995 –14/20 – Garde : A boire.  (+) Beaux vins complets et riches. (-) Aucun.

Année : 1994 –13/20  – Garde : Apogée dépassé.   (+) Quelques vins encore fruités. (-) Manque de maturité et dilution.

1993 –15/20  – Garde : A boire.  (+) Epargnés par les pluies et contrairement au nord, les vins sont bien équilibrés. (-) Manque évident de richesse.

1992 –13/20  – Garde : Apogée dépassé.  (+) Quelques vins encore debout. (-) Dilution due à la pluie, les vins sont usés.

1991 –14/20  – Garde : Apogée dépassé. (+) Les meilleurs sont fermes. (-) Temps très capricieux. Manque de concentration.

Votre rédacteur
François Sannié francois.sannie@gmail.com
www.baronnie-suisse.ch