Le vin sans alcool est-il encore du vin ? (Grappilleur n°124)

Une étude récente menée dans 11 grands pays de l’OCDE, 36 % des sondés déclarent avoir augmenté leur consommation d’alcool pendant les confinements. Plus particulièrement, ce sont les femmes, les parents de jeunes enfants et les personnes à revenu élevé qui ont vu leur consommation d’alcool le plus augmenter.

Pour combattre ces dérives, l’organisation internationale prône certaines solutions, dont la promotion du vin à faible teneur en alcool, voire du vin sans alcool (ou désalcoolisé), comme cela est déjà le cas avec la bière et certains spiritueux sans alcool.

Les vins désalcoolisés s’obtiennent pas une élimination progressive, voire totale, de l’alcool qui s’effectue grâce à des techniques diverses, comme l’évaporation, l’osmose inverse ou l’arrêt de la fermentation alcoolique, le souci étant d’éliminer l’alcool du vin sans trop en altérer son goût. De grands progrès ont été réalisés dans ce sens, mais beaucoup reste encore à faire car, il faut l’admettre, un vin désalcoolisé n’a pas le même goût d’un vin traditionnel.

Mais peut-on encore appeler vin un produit partiellement ou totalement désalcoolisé ? Certains consommateurs potentiels considéreraient que l’alcool reste un attribut central et que cette innovation n’appartient pas à la catégorie de « vin », conduisant ainsi à la création d’une « nouvelle catégorie de produit ». Du côté de la réglementation officielle également, le degré d’alcool est un élément constituant de ce produit. De manière générale, le vin désalcoolisé souffre autant d’un déficit de légitimité de marché (le marché reste marginal), et de légitimité émotionnelle (les consommateurs manifestent moins d’intérêt).

Pourtant, bien qu’encore marginale, la consommation de boissons issues de la désalcoolisation représente une tendance émergente dans les pratiques de consommation. En 2018, le segment des vins sans alcool a représenté un chiffre d’affaires de 23,3 millions d’euros en France, ce qui représente une croissance de 12,7 % en valeur et de 10 % en volume par rapport à 2017. De plus en plus de producteurs, grands et petits, ont commencé à produire des produits désalcoolisés. Certains réclament aujourd’hui le droit d’utiliser le terme « vin » pour ces nouvelles boissons.

Au-delà d’un travail sur la définition de ce qu’est un vin, le défi principal reste l’amélioration du goût. Si les progrès techniques de désalcoolisation arrivent à réduire la différence gustative entre un vin traditionnel et un vin désalcoolisé, seriez-vous prêts, chères lectrices et chers lecteurs à tenter la dégustation ?

Inspiré par l’article de Misha Ketchel sur https://theconversation. com/le-vin-sans-alcoolest- il-vraiment-du-vin-163591