Le Grappilleur n°91
Publié le 09.06.2013

« L’oenologue est un barbare qui crache son vin sans l’avoir bu ; l’ivrogne est un barbare qui recrache son vin après l’avoir bu. »
(Professeur Tanin)

Echos de la baronnie

Les plus anciens se rappelleront de la chanson de Jean-Pierre Ferland : « Quand on aime on a toujours vingt… ». Les plus jeunes pourront toujours la « Youtuber » pour la découvrir ! Quoi qu’il en soit, pas d’anniversaire sans une chanson… alors je me suis permis de modifier un peu les paroles pour les adapter à cet évènement, les 20 ans de Baronnie Suisse des Costes du Rhône.

Tout ça pour une baronnie

Créée par quelques amis

Autour d’une bouteille réunis

J’ai pris mon tire-bouchon et schlaaa !

Pour fêter cette double décennie

J’ai tué une bouteille de Côte-Rôtie

Le juge m’a condamné à vingt ans.

Patatras !

Quand on aime on a toujours vingt ans !

On ne pouvait rêver mieux, comme salle des fêtes, que ce majestueux Château de Chillon. Les premiers instants de cette soirée étaient un peu surréalistes… dans ce lieu chargé d’histoire se croisaient et se mélangeaient toutes sortes de personnages : des touristes asiatiques, indiens, orientaux… équipés d’audioguides et d’appareils photos, les convives de la soirée, les commandeurs, officiers, et chevaliers bardés de leurs médailles, la brigade de cuisiniers… toute cette agitation au milieu de ces murs pétrifiés, gardés par des armures immobiles. La grande histoire de ce bâtiment, fut un bon support pour cette jeune histoire de la Baronnie Suisse, que nous avons pu revivre à travers un sympathique et émouvant diaporama. Comme d’habitude le repas fut à la hauteur de nos espérances avec, dans les associations mets et vins, quelques grands classiques : la finesse du tartare de féra associée à l’explosion de saveur du Châteauneuf-du-Pape blanc Chante Cigale, la tendresse du médaillon de boeuf avec la puissance de la Côte-Rotie Duclaux, ou encore ce trio qui mariait parfaitement l’aromatique fromage de chèvre, la douceur de la figue et la fraîcheur du Tabarnum des Vins de Vienne. Mais il faut aussi oser d’autres associations, provoquer les saveurs, innover et surprendre. Du foie gras avec du vin rouge ?! Certains crieront au sacrilège et pourtant… Quelle belle surprise ! L’alliance de ce mets gras, au parfum subtil de fruits secs grillés, associé à la fraîcheur de ce vin aux tanins fins, les arômes floraux et de fruits rouges du Crozes-Hermitage du Domaine Habrad, à mes yeux, ou plutôt à ma bouche, ont fait merveille. Pour finir en apothéose, la pièce montée, gâteau d’anniversaire des vingt ans, avec un vin pétillant : les bulles d’Alain Voge pour apporter un côté festif et surprenant à cette fin de soirée.

Mort et résurrection de « Petibou »

Cela commence comme un film d’horreur : nous sommes dans une pièce noire, soudain la porte qui grince, la lumière d’une lampe de poche et, près quelques secondes d’hésitation, d’une poigne ferme quelqu’un vous saisit par le col pour vous amener dans une salle de torture. Là, posés sur la table, toutes sortes d’instruments sont alignés méticuleusement : couteau, drop stop, bec verseur, rondelle anti goutte, carafe de décantation… « Petibou » se demandait bien à quoi tous ces outils pouvaient bien servir… Ho !… il est rigolo celui-ci. Un cep de vigne avec un morceau de métal en spirale planté dedans… tiens il se rapproche de moi, mais il est vraiment prêt… Hé !! Attention tu va me rentrer dedans…Ames sensibles, ne lisez pas ce qui va suivre … Comme tout bon vieux film d’horreur il y a le carré blanc en bas de l’écran. Quelle cruauté ! D’une main ferme le méchant va planter son instrument dans la tête de « Petibou », le faire tourner dans ses entrailles, jusqu’à lui percer les pieds… puis d’un coup sec le retirer de son cocon de verre… et comme si cela ne suffisait pas il va refaire la manoeuvre mais cette fois si en sens inverse pour ressortir de son corps de liège ce drôle d’instrument.

« Petibou » se retrouve maintenant posé sur la table, finalement il ne se sent pas si mal à part un léger picotement dans le corps qui, soit dit en passant, commence à se détendre… voir gonfler un petit peu. « Petibou » comprend que sa première vie vient de se terminer… fini de se la couler douce toute la journée couché à rien faire … fini la vinothérapie permanente, les bains de pieds aux polyphénols, les masques au resvératrol, les hammams aux vapeurs de vin… eh oui, fini… mission accomplie petit bout de bouchon… tu as bien rempli ton rôle, qui était de conserver le vin dans sa précieuse bouteille, de le micro oxygéner avec soin, maintenant tu peux aller retrouver un autre monde où t’attendent toute ta famille et tes amis bouchons… Non « Petibou » n’est pas mort, il commence une autre vie, une autre aventure… en effet il va être recyclé. Tout d’abord il est collecté pas des associations qui récupèrent tous les bouchons en liège… il en existe maintenant dans quasiment tous les pays d’Europe occidentale. Ensuite il va être aéré pendant plusieurs mois, afin qu’il perde son odeur de vin, puis ensuite il va être transformé en granulés pour être de nouveau moulé, en plaque, en rouleau, ou en bouchon !… Ce recyclage permet donc de réutiliser une matière noble et de valeur, d’éviter une surexploitation des forêts de chêne liège qui restent un milieu naturel fragile. Si la majorité des produits recyclés sont utilisés de manière industrielle (bouchons, plaques de construction, rouleaux isolants, meubles…) ils peuvent aussi se révéler être un très beau support pour réaliser des oeuvres d’art ou de l’artisanat (tableaux, décorations, personnages…) ou plein d’idées loufoques… avec un grain de folie…dont vous pourrez voir quelques exemple en photos sur le site internet de la baronnie.

Grain de folie

Avez-vous déjà regardé avec attention une grappe de vigne ? Des rafles et des grains de raisins me direz vous… mais pas seulement, si vous cherchez bien, cachés au milieu des grains de raisins il y a parfois des grains de folie. Et ces grains de folie sont aussi vinifiés, puis transmis au vin, qui lui-même le transmet aux buveurs, et petit à petit, années après années ces grains de folie vont se propager aux amateurs de vin. Bien sûr il n’y a pas d’étude scientifique sur ce sujet, mais si vous êtes un peu attentifs, vous vous rendrez assez vite compte du comportement un peu spécial de certains consommateurs, qui se mettent spontanément à collectionner, conserver, modifier, travailler presque tout ce qui touche de près au de loin au monde de la vigne et du vin. Si on commence par l’organe de base, le cep de vigne, regardez ce que ces personnes un peu folles en on fait : des tire-bouchons, des chandeliers, des portes bouteilles, des pieds de lampes, des statues, des portes manteaux, des arbres à bouchons.

Continuons par la barrique et voyez ce qu’un esprit un peu agité peut en faire : une table de jardin, un bar à vin, une niche à chien, un berceau de bébé, un bac à fleurs, des fauteuils, une cabane de jeux, des casiers à bouteilles, une embarcation pour sauter les chutes du Niagara. Vient ensuite la caisse de bois de 6 ou 12 bouteilles, peu importe, tout est bon pour faire des étagères, des tables, des dessous de plats, des tabourets, des parois murales. La bouteille maintenant, vide bien sûr, car pleine elle est jalousement cachée dans le noir. Elle se transforme en vase à fleurs, en photophore, en chandelier, en chauffe piscine solaire, en paroi vitrée, même parfois en plafond complet.

Et nos chers bouchons sont conservés parfois des années pour arriver à faire une figurine, un tableau d’affichage, pour recouvrir une porte de cave, pour fabriquer des guirlandes, des dessous de plats, des poses couteaux, des porte-clefs, sousverres, ou même des bijoux comme des colliers ou des boucles d’oreilles. Certains artistes se sont même spécialisés dans la réalisation de tableaux à base de bouchons, d’autres, plus farfelus, en font des habits ; certains zinzins en recouvre leur voiture ! Bref, la famille de Petibou, peut se reconvertir sans problèmes dans l’art !

Et, pour finir, les étiquettes. Là nous frisons la zone presque illimitée de l’imagination : les collectionneurs qui en conservent parfois des milliers dans des classeurs, ceux qui en font des oeuvres d’art, des tableaux, des abat jour, des sous verre, des mobiles, sans compter les musées d’étiquettes ! Alors franchement après avoir lu cette liste non exhaustive, ne pensez vous pas que ces personnes ont un petit grain de folie qui leur a été transmis ? Et ne dites pas que je suis fou et que j’ai inventé tout ça, car je suis sûr que dans votre entourage vous connaissez des gens comme ça, ou, pire, vous êtes comme ça ! Alors la prochaine fois que vous prendrez une grappe de raisin, essayez de repérer un grain de folie !…

 

Votre rédacteur
François Sannié francois.sannie@gmail.com
www.baronnie-suisse.ch