Le Grappilleur n°104
Publié le 01.04.2016

L’ivresse de la jeunesse est plus forte que l’ivresse du vin (Proverbe Persan)

Etude sur le consommateur de vin

Chaque cinq an, sous l’égide de « France AgriMer », une enquête est réalisée pour connaître l’évolution des consommateurs de vin en France. Certes cette étude a été réalisée dans l’hexagone voisin, mais du fait de notre culture et de nos habitudes alimentaires, on pourrait en tirer sûrement des similitudes avec le consommateur suisse romand. Actuellement, en France, un tiers de la population déclare ne jamais consommer de vin, cette proportion est passée de 19% en 1980 à 33% en 2015. Tandis que les consommateurs réguliers, c’est-à-dire des personnes qui boivent tous les jours un peu de vin ne représentent aujourd’hui que 16% alors qu’ils étaient 51% en 1980 ! Maintenant on est plus sur des consommateurs occasionnels (51%), et une consommation plutôt festive, c’est-à-dire lors d’un repas « amélioré » (22% ont du vin à table), ou en présence d’amis, membres de la famille (60%), ainsi qu’au restaurant (47%). Cette tendance s’inscrit dans le sens d’un regain d’intérêt des Français, pour la gastronomie et les accords mets et vins.

Les Français boivent de moins en moins d’apéritif, par contre à cette occasion les vins sont en progression, avec en premier les vins blancs, suivis par les rosés et les vins doux naturels, le vin rouge n’étant consommé généralement que lors du repas.

Parmi les personnes qui consomment régulièrement du vin, les femmes sont deux fois moins nombreuses que les hommes, tandis qu’au niveau de la consommation occasionnelle on est presque à égalité : 52% d’hommes et 50% de femmes.

Par contre, statistiquement, la consommation régulière de vin augmente avec l’âge ! En effet si l’on prend les consommateurs réguliers, dans la tranche d’âge 15 – 24 ans ils ne sont que 1%, les 25 – 34 représente 5%, les 35 – 49 sont à 9%, alors que ça grimpe à 23% chez les 50 – 64, puis à 38% chez les plus de 65 ans ! L’étude ne dit pas si les maladies d’Alzheimer et de Parkinson y sont pour quelque chose !… en effet dans un cas on oublie qu’on a bu, dans l’autre on renverse beaucoup ! La variation des consommateurs occasionnels est un peu différente, ils sont 40% chez les 15 – 24, 57% chez les 25 – 34, le record est détenu par les 35 – 49 avec 62%, puis 53% pour les 50 – 64, et ça descend à 38% pour les 65 ans et plus. Bon il ne vous reste plus qu’à choisir votre tranche d’âge, pour voir dans quel groupe de consommateurs vous vous situez ! Défaut du vin : « Le goût de lumière » Ce défaut est dû à une exposition des vins à la lumière naturelle du jour, mais le plus souvent à la lumière artificielle sur les présentoirs des magasins ou l’éclairage au néon des grandes surfaces. Les vins les plus sensibles, même à une exposition à la lumière de courte durée (quelques jours), sont les vins blancs et spécialement les champagnes, ainsi que les rosés, et à plus forte raison si les bouteilles sont en verre transparent, non coloré. Ce goût de lumière, est une anomalie du vin qui provoque des saveurs désagréables de chou-fleur, d’œuf pourri, de rance, de caoutchouc.

Comment ce phénomène se produit-il ? Le goût de lumière est lié à la production de composés soufrés (goût de réduction) par action des rayons ultra-violets (exposition à la lumière) sur la riboflavine et certains acides aminés soufrés contenus dans les vins. Les acides aminés se trouvent naturellement dans le vin, leur concentration varie en fonction des cépages et du terroir, mais ils peuvent aussi parfois avoir été rajoutés aux moûts lors du procédé de vinification pour diminuer l’acidité du vin et augmenter la qualité de ses arômes. La riboflavine est le nom scientifique de la vitamine B2 que l’on peut trouver en quantités infinitésimales dans le raisin (0.2 mg / kg de raisin) et donc par la suite dans le vin (jusqu’à 0,3 mg/L). Elle est plus présente dans les vins qui ont été élevés sur lies, car elle est relâchée par les levures, c’est aussi ce qui accroît la couleur jaune… (La riboflavine est le colorant jaune un des plus utilisé dans l’industrie agroalimentaire)

Les vins élevés sur lies sont plus sujets à attraper le goût de lumière, et donc en première ligne se trouve les vins de Champagne. Pas étonnant que de grandes maisons de champagne financent des recherches pour essayer d’éradiquer ces mauvais goûts. Trois causes ont clairement été identifiées : Les nouveaux circuits de distribution et de commercialisation, la détérioration du pouvoir filtrant de la bouteille, et la composition chimique du vin modifié par les techniques de viticulture et de vinification. Des solutions existent, comme fabriquer des bouteilles avec des verres plus protecteurs, ou entourer ces bouteilles d’un film de protection coloré. Il est aussi possible de mettre des adjuvants dans le vin pour bloquer cette réaction photochimique, mais ce n’est pas totalement garanti et pas très « tendance ». Une des plus importante cave de champagne… pour ne pas faire de publicité gratuite… je l’appellerais « Goéland & Sentbon » a développé un prototype avec une société spécialisée dans l’éclairage par LED. Après plusieurs mois d’expérimentation et des milliers d’heures d’exposition, il semblerait que les bouteilles exposées à cet éclairage LED n’aient pas généré de goût de lumière. Ces nouvelles LED baptisées « LED-Vineo » pourraient être utilisées dans les lieux de maturation, de stockage, de dégustation ou de commercialisation.

2015 en CdR: grand millésime !

Tout le monde en Vallée du Rhône le dit (et l’espère) : 2015 sera un grand millésime. Une météo favorable qui a permis une maturité optimale des raisins et une production saine et équilibrée sur l’ensemble des cépages rhodaniens sont en principe gages de grands vins.

Si l’on devait résumer en deux mots l’année climatique en vallée du Rhône, ce serait humide et chaud !… mais au bon moment. Les conditions climatiques ont été particulièrement favorable en 2015. Un peu de pluie en début d’année, puis relativement peu d’épisode pluvieux par la suite, surtout en période de maturation, et pendant la période des vendanges. Dans l’ensemble l’année a été chaude et ensoleillée. Vu les épisodes pluvieux, en général la vigne n’a pas souffert de stress hydrique, ce qui a donné des raisins biens mûrs, dans de parfaites conditions sanitaires, mais un peu précoces. Les vendanges se sont déroulées dans de bonnes conditions, malgré quelques épisodes orageux. Les raisins étaient à bonne maturité, donc de la couleur et du sucre, mais un petit manque d’acide conséquence d’une période caniculaire durant les mois d’été.

Par conséquent les vins blancs devraient être très aromatiques, riches, et concentrés, mais avec peut-être un peu moins d’acidité que les millésimes précédents. Pour les rosés … et bien cela restera du rosé !!!

Côté rouge, une production qui pourrait être légèrement en baisse par rapport à la moyenne de ces dernières années. Mais le côté positif est que tous les cépages principaux, (syrah, grenache, carignan, mourvèdre) ont produit de manière régulière, avec une maturité optimale et un très bon potentiel qualitatif. Cela devrait donner des vins bien colorés, fruités, riches, alcooliques et taniques, à priori un bon millésime pour des vins de garde.

Le terrorisme dans le vignoble

Sous prétexte de la lutte anti-terroriste, en France l’utilisation de tous « petits engins explosifs ou pyrotechniques » a été interdite avec le plan Vigipirate. Certaines préfectures françaises on alors décidé d’interdire le stockage et l’utilisation des fusées anti-grêle. Cela peut avoir des conséquences dramatiques ! Celles-ci sont placées dans une petite rampe de lancement et explosent à plus de mille mètres d’altitude afin de libérer de l’iodure d’argent dans les nuages pour empêcher la formation de grêlons. La lutte contre ce fléau qu’est le terrorisme risque donc d’en libérer un autre pour les vignerons : la grêle. C’est ce qu’on appelle les dommages collatéraux !

Parker aime les Côtes du Rhône

Dans le temps passé, la « pierre philosophale » avait la réputation de pouvoir changer du plomb en or… De nos jours Robert Parker a le pouvoir de changer le vin en or. Pour cela il lui suffit d’attribuer à une bouteille la note maximum de 100 points pour qu’immédiatement sa valeur marchande s’envole! Alors on aime ou on déteste ce genre de classement et on aime ou déteste Robert Parker, mais indiscutablement une note à 100 points fait vendre et permet de se faire connaître dans le monde entier. Par définition la perfection n’existe pas donc un vin parfait n’existe pas non plus, alors comment peut-on attribuer une note parfaite et surtout pourquoi ces 100 points sont-ils de plus en plus attribués ? Durant les années 90 Parker donnait cette note, en moyenne à moins de 7 vins par an, dans les années 2000 la moyenne annuelle a grimpé à 13, de nos jours nous sommes à une moyenne 56 vins par an ! Le business du vin est juteux. Mais il faut plaire à ce monsieur, produire des vins souples, ronds, opulents, puissants. Tout le monde n’est pas sur pied d’égalité. Au niveau mondial, la France caracole en tête avec 238 vins à 100 points, devant les USA avec 141, puis ça s’écroule à 29 pour l’Australie, qui fait mieux que l’Espagne (18) ou l’Italie (8). Mais la vallée du Rhône est très bien représentée ! En effet la région ayant obtenu le plus de cuvée à 100 points est la Californie (139) mais suivie par la Vallée du Rhône (120) et Bordeaux (100). Les appellations des Côtes du Rhône les mieux notées sont essentiellement, Châteauneuf-du-Pape, Hermitage, et Côte-Rôtie. Le vigneron ayant reçu les plus souvent la note maximale est rhodanien, il s’agit de Michel Chapoutier de Tainl’Hermitage, qui a vu 30 de ses cuvées plébiscitées, suivi de près par son voisin Marcel Guigal d’Ampuis, avec 29 cuvées. A titre de comparaison tous les « grands Bordeaux » sont moins de 10 ! Pétrus (9), Haut-Brion (7) Latour (6) Mouton-Rothschild (4), Margaux et Lafitte-Rothschild (3). Même la célèbre bourguignonne Romanée Conti n’a que 4 unités à son compteur ! Comme je vous le disais au début Robert Parker aime les Côtes du Rhône !

Votre rédacteur
François Sannié francois.sannie@gmail.com
www.baronnie-suisse.ch

Laisser un commentaire