05.03.2026

Beaumes de Venise, terroir pile et face

Beaumes de Venise, terroir pile et face

Un lieu éponyme qui donne immédiatement à penser au muscat doré et un nom qui sonne doux comme un baiser : Beaumes de Venise. Cette jolie commune aux toits roses s’adosse aux Dentelles de Montmirail, où vignes, câpriers et oliviers se côtoient grâce à un savoir-faire ancestral et une situation géologique exceptionnelle.

Résultat de poussées formidables qui ont fait émerger les dents de granit des entrailles de la terre au Jurassique, le massif est parsemé de nombreuses grottes et cavernes appelées « balmes » en franco-provençal. Quant à « Venise », aucun rapport avec la Perle de l’Adriatique : c’est plutôt du côté du Comtat Venaissin qu’il faudrait chercher.

Ce territoire morcelé a souvent été disputé entre la Papauté et les comtes de Toulouse, sans que l’on puisse véritablement trouver l’origine de son nom. La Révolution mettra un point final à cette histoire tourmentée en 1791 avec la dissolution du Comtat et la création du département du Vaucluse.

C’est bien la complexité géologique de ce territoire qui fait son unicité. On y trouve un triptyque de sols qui s’associent pour offrir une richesse exceptionnelle en oligo-éléments : le safre (ou terre blonde), les éboulis calcaires et les marnes grises, limoneuses et argileuses.

Les agriculteurs ont développé au cours des siècles un extraordinaire savoir-faire pour tirer profit de ce terrain difficile. Ils ont appris à construire et consolider les restanques, ou faysses, véritables banquettes suivant les courbes de niveau afin de fixer les pieds de vigne tout en leur donnant une exposition maximale. Ils ont aussi développé un grand savoir-faire pour maîtriser l’érosion dans ce terrain abrupt.

Dans cette partie du Vaucluse, l’automne et surtout le printemps apportent des pluies abondantes et parfois torrentielles. Les plants peuvent ainsi croître et mûrir sur le versant sud-est des Dentelles, à l’abri des vents du nord, du mistral en particulier, et profiter de l’ensoleillement exceptionnel des hivers et des étés secs.

Côté pile : le muscat

Dès le Ier siècle de notre ère, Pline l’Ancien faisait figurer la vigne muscat dans son Histoire naturelle sous le nom de « vigne des abeilles ». Caractérisée par une grappe longue et compacte, ses baies à la saveur aromatique musquée sont fermes, juteuses et très sucrées.

La teneur en sucre naturel (252 g/litre) du muscat permet de produire un vin doux naturel par mutage. En dégustateur averti, le clergé médiéval installé à Avignon prenait soin de mettre une bonne partie de la production dans sa muscadière, bâtiment répertorié au Vatican parmi les cadastres de l’Église.

Il a fallu attendre le XVIIIe siècle pour que cette situation évolue et que le développement rapide des transports permette l’exportation du muscat de Beaumes-de-Venise au-delà de la Provence. Hélas, cette croissance a été brutalement interrompue par le phylloxéra auquel le muscat n’a pas échappé.

Lentement et patiemment, les producteurs ont reconstruit leur vignoble. Leurs efforts sont couronnés par une AOC délivrée dès 1945, transformée onze ans plus tard en AOC Côtes du Rhône.

Le strict cahier des charges impose que seuls les vins provenant du cépage « Muscat à petits grains » blancs et noirs, récoltés sur un territoire délimité des communes de Beaumes-de-Venise et d’Aubignan, ont droit à l’appellation contrôlée.

La production annuelle d’environ 10 000 hectolitres s’étend sur 500 hectares. Le muscat de Beaumes-de-Venise est le seul vin doux naturel produit à base de muscat dans les Côtes du Rhône, le second VDN étant le Rasteau, élaboré avec du grenache noir.

Côté face : les rouges d’abord

Environ 600 hectares, parfois en altitude, sont plantés en grenache noir, syrah, mourvèdre, cinsault et carignan, donnant des vins aux couleurs rouge cerise à pourpre, appréciés pour leur fraîcheur et leurs tanins.

Une centaine de producteurs travaillent sur les terres de l’AOC avec un rendement moyen de 38 hl à l’hectare. Le Beaumes-de-Venise rouge rejoint en 1978 les Côtes-du-Rhône Villages communaux, puis obtient en 2005 sa propre appellation AOC qui le consacre parmi les crus de la vallée du Rhône.

Une petite production de blancs et de rosés a également vu le jour au cours des dernières années.

Mes mains, elles t’aiment pour la vie

(G. Bécaud, provençal lui aussi)

Les viticulteurs de Beaumes-de-Venise ont dû affronter de nombreux obstacles pour offrir de belles palettes gustatives et une variété de couleurs à leurs vins. Leur pugnacité a payé : les hivers catastrophiques de 1955 et 1956 les ont poussés à constituer une coopérative, permettant d’unir les forces tout en conservant un savoir-faire ancestral et une grande diversité de production.

Le cahier des charges de chacune des AOC insiste notamment sur deux points : aucun désherbage chimique de la parcelle ni de l’entre-rang n’est autorisé, et la récolte du raisin doit être exclusivement manuelle afin de garantir la conservation des restanques, uniques dans ce petit coin de France.

Pour marquer cette exigence, les deux mille cinq cents habitants de Balma Venitia ont érigé à l’entrée du village une imposante sculpture de plusieurs mètres de hauteur représentant deux mains de granit portant des grappes de raisin, un bel hommage pour un instrument pourtant bien modeste.

Marie-Christine Sawley

Référence :
www.beaumesdevenise-aoc.fr

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