05.03.2026

Vinsobres... les blancs en cru ?

Vinsobres... les blancs en cru ?

Vinsobres souhaite diversifier sa production, pour des raisons tant économiques que climatiques. Niché au sud du département de la Drôme, à la frontière du Vaucluse, le village éponyme, bâti sur une colline, se veut également le marqueur d’une autre limite, celle séparant les vignobles méridionaux des domaines septentrionaux de la vallée du Rhône.

Un terroir du Sud situé entre trois et quatre cents mètres d’altitude depuis lequel les vignerons du cru — trente-deux indépendants et caves coopératives — entendent tirer tout le potentiel de fraîcheur en le conjuguant désormais au vin blanc.

« À ce jour, l’appellation Vinsobres n’existe qu’en vin rouge. Or, par la nature de nos terroirs, nous avons un vrai potentiel de développement sur le blanc », détaille Anaïs Vallot, vigneronne dans le village. « C’est notre priorité du moment », confirme Richard Jaume, qui exploite quatre-vingt-dix-huit hectares sur l’appellation et se trouve en charge de l’acceptation du dossier de classification des vins blancs auprès de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO).

Quarante hectares de vignes destinées à la production de blanc ont déjà été plantés dans le périmètre même des Vinsobres rouges. Le cahier des charges actuel permet en effet un encépagement blanc en viognier, grenache blanc, clairette, roussanne et marsanne sur un maximum de 5 % des mille trois cent cinquante hectares que compte l’appellation.

Une courte production aujourd’hui classée en AOP Côtes-du-Rhône ou Côtes-du-Rhône Villages que les vignerons du cru souhaitent davantage valoriser, à l’instar de ce qu’ils ont pu réaliser sur les rouges, où le plus clair des bouteilles — environ deux millions d’unités — se négocie dans une fourchette de prix comprise entre sept et quinze euros.

Si le travail de Vinsobres pour une reconnaissance de ses vins blancs s’inscrit dans une volonté d’accompagner l’évolution des goûts des consommateurs — qui se détournent davantage du rouge que du blanc — il répond également à une nécessité réglementaire et agronomique.

« L’appellation ne permet pas l’irrigation. Or les cépages blancs résistent mieux à la sécheresse que les cépages rouges », explique César Perrin, dont la famille possède des vignobles tout le long de la vallée du Rhône, de Côte-Rôtie à Châteauneuf-du-Pape en passant par Cornas, Gigondas et donc Vinsobres.

Bien que cette contrainte soit un obstacle, elle est aussi perçue comme une opportunité pour les producteurs de valoriser un savoir-faire respectueux de l’environnement, en forçant les vignes à puiser leurs ressources et leurs qualités au plus profond des sols.

Une viticulture tournée vers l’adaptation au terroir où, entre autres exemples, le domaine Vallot a fait le choix de la biodynamie pour l’ensemble de ses vignes.

Traversés par le mistral et tournés vers le Mont Ventoux, les ceps de Vinsobres présentent la particularité d’être voisins d’une forêt méditerranéenne classée — chênes et pins d’Alep — favorisant l’émergence de microclimats tout en protégeant les vignes des gels matinaux.

« Nous disposons de quatre terroirs, sur pentes douces et plateaux, jouissant chacun d’un ensoleillement différent de l’est à l’ouest », souligne Anaïs Vallot.

Une diversité que l’appellation souhaite pleinement mettre au service du vin blanc dès la vendange 2026. Une façon aussi de faire parler d’une AOP encore méconnue qui, à l’instar de ses bouteilles, entend s’ouvrir au monde.

Thierry Assaf
Source : Le Figaro Vin

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