Le Grappilleur

Côte-Rôtie et Condrieu, perles viticoles du Rhône… la jeunesse prend la main (Grappilleur n°123)

Les prestigieuses AOC Condrieu et Côte-Rôtie, nées en 1940 sur les bords du Rhône, passent progressivement aux mains d’une troisième génération de vignerons baignés de tradition mais déterminés à faire basculer ces vins d’exception dans une nouvelle ère.

Le Condrieu, singulier blanc aromatique empli de fraîcheur, et la Côte- Rôtie, d’un grenat profond, soyeux et puissant en bouche dont le nom provient des coteaux ensoleillés où les grains de syrah s’épanouissent, ont célébré leurs 80 ans. 

Les 80 domaines de ces appellations haut de gamme se portent aujourd’hui très bien. Et ce malgré une topographie accidentée rendant coûteuse l’exploitation des maigres 540 hectares de syrah et viognier, qui constituent moins de 5 % de la production totale de la Vallée du Rhône. Comme dans d’autres vignobles de France, ce dynamisme est nourri par l’arrivée d’une nouvelle génération. En effet, depuis 5 ans, 20 % des 80 domaines de ces deux appellations sont passés aux mains de trentenaires.

Les deux précédentes générations ont reconstruit ces vignobles, décimés par le phylloxera et deux guerres mondiales. En 1960, il restait à peine 40 hectares de Côte-Rôtie, et en 2020 on en est à 328 hectares, rappelle le passionné Michaël Gérin, président du syndicat de l’appellation. Aujourd’hui encore, entre le mont Pilat et le Rhône, il faut cultiver avec minutie ces coteaux très escarpés, canaliser l’eau et combattre l’érosion. Dans ces AOC – décrétées 16 ans avant le fameux Saint Joseph voisin – on voit maintenant des charrues tirées par des treuils, des motoculteurs, des chenillards, mais lorsque les rangs sont trop abrupts ou barrés par les indispensables murs de pierre, on s’en remet encore à la pioche, pour préserver la terre et la remonter, sans cesse.

Gardienne des traditions, la nouvelle génération veut aussi recourir aux nouvelles technologies et progresser vers le bio. Maxime Gourdain, 28 ans, propriétaire du domaine de Rosiers à Ampuis est fier de sa certification Haute valeur environnementale (HVE) obtenue cet été, mais le palier du bio demeure pour lui délicat et périlleux. « On fait des essais d’enherbement et d’engrais verts », mais le renoncement total au chimique n’est pas encore envisagé, car « personne n’est à l’abri de l’apparition d’un champignon » destructeur, expose-t-il.

« Il y a des méthodes, des gestes dont on ne pourra jamais se passer », souligne Michaël Gerin. Mais la modernité apporte également ses bienfaits. « Côte-Rôtie est aujourd’hui ‹ maillée › d’une quinzaine de stations météo mesurant le vent, la pluie, l’humidité par secteur. C’est précieux pour limiter au maximum les traitements et être efficace. »

« Ces jeunes apportent une nouvelle vision. Ils parlent anglais, la plupart ont passé six mois ou un an dans des vignobles à l’étranger. Et ils sont plus ouverts sur l’oenotourisme, sur l’utilisation des réseaux sociaux », se félicite Florian Marcelin, chargé de l’oenotourisme à l’Office du Tourisme local. Comme partout, le défi du moment est la Covid, qui affecte salons vignerons et commandes des professionnels, avec une baisse de chiffre d’affaires de 15 à 20 % à prévoir en 2021.

« On est un peu inquiets mais on a la chance d’avoir des vins de garde qui intéresseront à un moment donné. Le problème est surtout la partie stockage », admet Maxime Gourdain. Pour le 80e anniversaire des appellations, s’est tenu mi-octobre dans plusieurs localités un weekend de portes ouvertes relativement discret, épidémie oblige. Mais au sein de ces domaines où le millésime le plus récent est vendu entre 30 et 80 euros, la crise n’est pas pour demain.

Source : RVF