Vers une 18e appellation pour les Côtes-du-Rhône (Grappilleur n°126)

Seyssuel… Sotanum, Taburnum, Héluicum. Au début de notre ère, ces crus venus des Allobroges s’arrachaient à Rome. Tout au nord des Côtes du Rhône, sur la rive gauche du Rhône autour de Vienne, le vignoble avait disparu. Relancé il y a quelques années, il est en passe d’obtenir la 18e appellation de Côtes du Rhône.

L’histoire de cette renaissance débute il y a un quart de siècle avec trois vignerons chevronnés de Condrieu et Côte-Rôtie. Un jour, longeant le Rhône sur l’autoroute, la colline d’en face tape dans l’œil d’Yves Cuilleron et François Villard. Le troisième larron leur apprend qu’un vignoble renommé y avait vu le jour il y a quelque 2000 ans à Seyssuel. Ce vignoble a perduré au moyen-âge jusqu’au début de l’ère moderne. Le phylloxéra, la Première Guerre mondiale et l’industrialisation qui vide les campagnes de sa main-d’œuvre ont raison de ces 150 hectares de vignes qui disparaissent.

Alors que la pression foncière commence à sévir à Côte-Rôtie et Condrieu, l’idée de franchir le Rhône et replanter de la vigne trotte dans la tête de nos trois comparses. Leurs collègues les regardent de travers, les prennent pour des fous… mais dans ce coude du Rhône, où la vallée se resserre, eux pensent tenir un terroir d’exception : sol de schistes et de gneiss, exposition au soleil couchant et climat quasi méditerranéen comme en témoigne cactus et figuiers de barbarie trouvés sur place.

Un matin de 1996, alea jacta est… rendez-vous sous les ruines du château pour commencer le défrichage. Ils y replantent syrah et viognier et font valoir leur savoir-faire: culture sur échalas, peu de traitements, rendement qualitatifs, vinifications patientes et élevages long.

La première cuvée de Sotanum voit le jour en 1998. Cette syrah tient toutes ses promesses de concentration et minéralité laissant présager d’un vin de garde puissant qui rappelle sa cousine Côte-Rôtie.

Suivent Taburnum (blanc) en 2000 et Héliucum (rouge) en 2004. Les trois vins doivent leurs noms à l’époque romaine et ont immédiatement intéressé les sommeliers qui y trouvent une histoire à raconter. Les quelque 70000 bouteilles produites annuellement s’écoulent en Europe, au Canada et jusqu’au Japon.

Ce succès fait des émules. L’association Vitis Vienna compte aujourd’hui 23 membres dont de gros acteurs tels que Louis Chèze ou Michel Chapoutier. De IGP Colline Rhodaniennes, les producteurs attendent aujourd’hui de passer en AOC. Ce dossier est cours d’instruction auprès de l’Inao.

Bientôt un 9e cru en Côtes du Rhône septentrionales ? Ce ne serait pas une nouveauté mais la réparation d’un oubli de l’histoire.

Source: La Presse